Interview : « J’ai choisi la techno pour les valeurs qu’elle inculque » Lemcaa.

Crédit photo : https://www.instagram.com/palaz_93/?hl=fr

Comment la musique s’est-elle présentée a toi ?

J’ai toujours écouté beaucoup de musique de différent registre lorsque j’étais petit avec ma famille. Mais je me suis vraiment intéressé de près à la musique et à vouloir en faire lorsque j’ai retrouvé des amis du collège qui étaient déjà investis dans un crew hip-hop. Je me suis lancé dans ce projet avec eux et depuis, je n’ai pas arrêté.

Une passion ou ta future profession ? 

L’objectif c’est de pouvoir en vivre. Pour l’instant c’est encore complexe car j’apprends tout seul. Je suis un autodidacte, je n’ai aucune formation dans le son mais je reste patient. Je n’aime pas rentrer dans des cases : métro, boulot, dodo… si la musique peut tout simplement me faire manger, cela me suffit. La musique me procure beaucoup d’émotions, elle m’apporte beaucoup de chose dans la vie et j’aimerais pouvoir continuer à transmettre cette passion aux autres.

Si on te suit sur les réseaux sociaux, on découvre un univers assez dark. Est-il représentatif du milieu techno en général ou reflète-il davantage ton propre état d’esprit ?

Je pense qu’il reflète autant l’univers de la techno que le mien. Je ne souhaite pas représenter une aversion envers l’humanité mais il est vrai que je n’ai pas forcément foi en l’humain tel qu’il est aujourd’hui. Il suffit de voir autour de soi pour s’apercevoir que le monde n’est pas si rose. Actuellement, peu de personne joue de la techno « colorée », ça revient petit à petit mais ce n’est pas ce qui me correspond. Comme tu peux le constater, je suis habillé tout en noir (rire). Selon moi, ce côté dark représente aussi l’image de la techno qui se veut sombre. C’est d’ailleurs ce que l’on recherche en général dans cette musique, les soirées s’établissent le plus souvent dans des endroits peu accueillants comme des hangars par exemple.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’écoute énormément de techno et d’artistes qui n’évoluent pas forcément dans le même style que le mien. En soirée, j’ai toujours une petite oreille qui écoute ce qui se passe. J’essaie d’analyser la manière dont les autres artistes construisent leur set. Au tout début d’ailleurs je regardais beaucoup de vidéos de Boiler Room notamment pour m’exercer. Mais j’essaie aussi de me concentrer sur ce que je ressens. Je suis une éponge émotionnelle et plutôt observateur. J’ai tendance à absorber tout ce qui m’entoure et c’est souvent grâce à cela que j’arrive à produire des choses dans la musique.

Comment tes différentes collaborations se sont-elles instaurées ?

Ma première collaboration s’est effectuée avec le Groove Clan, un collectif d’Angers. C’est un ami qui m’a mis en contact avec eux et ils m’ont proposé ma première date en public au Macadam à Nantes.

Ma seconde collaboration est issue d’une histoire un peu folle. Il y a deux ans, à une soirée où Varg jouait en live à la machine du Moulin Rouge à Paris ; j’ai rencontré une fille avec qui nous avions discuté de musique. À l’époque, elle travaillait dans les relations publics à la Concrete et nous avons gardé contact. En juin dernier, elle m’a contacté la veille de la fête de la musique pour me proposer au collectif à qui il manquait un DJ pour l’occasion. Et c’est ainsi que j’ai pu jouer à la fête de la musique pour le collectif 79 Cartier Bresson. Je devais jouer deux heures finalement j’ai joué pendant trois heures. Et suite à cette soirée, on m’a proposé une place en tant que résident au sein du collectif parisien.

« Tenir les gens en haleine pour qu’ils dansent, voilà ce qui pourrait me définir. »

Autodidacte, te verrais-tu à l’avenir signer avec un label si l’occasion venait à se présenter ?

Oui carrément ! Je pense qu’un label peut apporter une bonne couverture médiatique. Cela permet d’avoir plus d’exposition en tant qu’artiste et de se rendre plus crédible aux yeux des professionnels. En général, tout va beaucoup plus vite lorsqu’on est inscrit sur un label.

La scène techno ne fait que s’agrandir ; de plus en plus de labels et d’artistes émergent, alors en tant qu’artiste, comment apportes-tu ta propre signature ?

Aujourd’hui, il est vrai qu’il y a énormément d’offres, ça a pas mal explosé depuis ces cinq dernières années. Désormais, il est facile de trouver des événements techno ou des DJ techno dans n’importe quelle ville. Je ne sais pas encore si quelque chose me démarque des autres, je ne sais même pas si c’est moi finalement qui serait le plus apte à le dire.

En revanche, j’essaie toujours de me mettre à la place du public lorsque je joue : si j’étais de l’autre côté qu’est ce que j’aimerais entendre ? Pour moi la techno est aussi une musique dansante alors j’essaie d’amener un certain groove dans mes sons. Même si parfois ma musique est très rapide voire assez extrême, j’essaie d’apporter cette touche pour donner envie aux gens de danser. Tenir les gens en haleine pour qu’ils dansent, voilà ce qui pourrait me définir. Mais pour autant, j’aime aussi calmer complètement le jeu et partir sur des sonorités beaucoup plus aériennes, planantes pour amener un peu de douceur à certains moments.

Tu as partagé l’affiche avec Maelstrom au Macadam à Nantes. Tu as joué en closing juste après son set, quelles sont tes impressions ?

C’est une bonne reconnaissance de mon travail, je me dis qu’on m’a tout de même fait confiance pour jouer après Maelstrom. J’ai pu discuter un peu avec lui de la scène techno de l’époque et humainement c’est quelqu’un de super sympa. Comme c’était un closing, je ne me suis pas vraiment mis la pression. Pour moi un closing ça doit être très débridé, sans règles, les gens attendent la fin alors je donne tout. On a vraiment joué deux styles différents. Je suis parti sur quelque chose de plus hard, ça ne se ressemblait pas vraiment mais je pense que ça complétait bien la soirée.

Tu as récemment joué au White au Mans à domicile donc, mais avant cet événement tu as joué à Lyon, Rennes, Nantes… Était-ce un choix de ta part de ne pas te produire à domicile à tes débuts ?

Malheureusement l’offre des soirées techno sur le Mans reste limitée. Au départ, je n’étais pas très emballé car ce n’est pas une ville dans laquelle je me sens réellement chez moi et j’ai préféré regarder ailleurs sachant que je faisais déjà pas mal de soirées dans d’autres villes en tant que public. Puis on m’a fait cette offre et je connaissais bien la personne qui me l’a proposée, je me suis dit que j’allais me laisser tenter. Et finalement, ça c’est super bien passé ! Beaucoup d’amis étaient présents, il y avait pas mal de monde. C’était une première pour moi car c’était un « All night long », j’ai donc joué toute la nuit. C’est tout de même un exercice assez compliqué lorsqu’on est DJ de tenir les gens pendant cinq heures. C’est avant tout une performance alors je l’ai pris tel un challenge. Suite à cette soirée, on m’a proposé une nouvelle date le 12 octobre prochain.

Justement, comment t’es tu préparé pour ce défi ?

Lors de set un peu plus long, je me permets d’y aller plus librement car j’ai vraiment le temps de construire quelque chose sur le moment contrairement au set d’une heure qui me demande davantage de préparation, il faut être prêt. Généralement il y a quelqu’un avant toi, quelqu’un après toi, il ne faut pas louper le coche. Alors que dans cette configuration, on a le temps de prendre la température, d’analyser la réaction du public et donc de s’adapter en live.

Quels sont tes prochains objectifs en tant qu’artiste ?

Je souhaiterais produire un EP. Je le sortirais gratuitement sur les plateformes de Streaming et puis si ça marche j’aimerais viser certains labels et continuer à faire des soirées évidemment.

Musicalement, qu’est ce qui a pu te freiner et t’aider dans ton parcours ?

J’ai traversé une période de ma vie un peu compliquée mais la musique m’a aidé à surmonter cette étape. Ça a été complémentaire : le fait que je n’allais pas bien, m’a donné envie de faire de la musique et le fait de faire de la musique m’a pas mal aidé pour extérioriser certaines choses.

Au niveau de la production et de la technique, le fait d’être un autodidacte peut parfois représenter une certaine difficulté. Comme je viens d’un crew hip-hop à la base, il était beaucoup plus simple d’échanger directement ses idées. Le processus d’apprentissage est aussi plus long puisque je progresse seul. En ayant discuté avec plusieurs artistes, c’est ce que la plupart d’entre eux recherche : l’effet de groupe, la création à plusieurs… Il est vrai que quand on est tous dans le même délire, c’est vraiment une sensation géniale.

Finalement, tu as décidé de te détacher de ton crew hip-hop pour te lancer seul dans la techno. T’arrives-t-il de regretter ce choix ?

Non, je ne regrette pas car je me suis bien approché de l’univers de la musique urbaine et du rap en France et c’est un milieu qui ne me plaît pas du tout. Je ne me suis pas senti considéré en tant qu’artiste qui produit sa propre musique et je n’ai pas spécialement apprécié la manière de travailler. Alors j’ai fait machine arrière même si j’ai eu l’occasion de travailler sur des projets commerciaux qui passent désormais à la radio.

Mais je tenais à conserver ce côté « musique », je suis là avant tout pour en faire et rien d’autre. Si ça paye tant mieux, si ça ne paye pas tant pis mais je ne veux pas me soumettre aux exigences d’un genre pour plaire. C’est pour cela que la techno est une musique géniale aussi bien par l’espace de liberté qu’elle propose au public mais aussi par son processus de création sans règles. Tu peux réellement t’exprimer tel que tu es et c’est aussi ce que veulent les gens.

Quel est l’artiste que tu admires le plus ?

J’admire Varg. Il fait de la musique extraordinaire et il représente totalement ce que je recherche dans la techno. Il a composé un album entier avec un Ipad et ça a été reçu comme un des meilleurs albums de musique électronique ! Il est vraiment contre toutes formes d’oppression et il est très engagé politiquement même si ce n’est pas mon cas. S’il y a bien un artiste que je respecte le plus dans la musique électronique c’est bien celui-ci.

Crédit photo : Palaz_93

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